DIVERSES METHODES POUR TROUVER L'INSPIRATION

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DIVERSES METHODES POUR TROUVER L'INSPIRATION

Message  Admin le Mer 14 Nov - 12:27

«Alors que j'écrivais la Chartreuse, raconte Stendhal, je lisais chaque jour deux ou trois pages du Code civil afin de trouver le ton juste.»

Hemingway, lui, devait aiguiser un assortiment de crayons avant de se lever pour travailler (ayant eu une blessure au dos lors d'un accident d'avion, il écrivait debout, n'utilisant sa machine à écrire que pour transcrire ses dialogues).

Lewis Caroll et Virginia Woolf travaillaient eux aussi debout.

Balzac ne pouvait se mettre à l'oeuvre qu'après s'être préparé du café noir. Il se levait chaque soir à minuit, travaillait jusqu'à huit heure à ses ouvrages, consentait à prendre un quart d'heure pour déjeuner, écrivait de nouveau jusqu'à cinq heures de l'après-midi. C'était alors le repas du soir, immédiatement suivi du coucher.

Alexandre Dumas père, trouvait inconcevable d'écrire ses essais ou ouvrages didactiques (non-fiction) sur un papier qui ne soit pas rose. De même, il n'écr'ivait ses romans que sur du papier bleu et ses poèmes sur du papier jaune.

Colette n'écrivait que sur du papier bleu avion.

Victor Hugo confia un jour tous ses vêtements à son valet, lui intimant l'ordre formel de ne les lui rendre que plusieurs heures plus tard, une fois qu'il aurait fini son chapitre.

Marcel Proust était en proie à de fréquentes crises d'asthme. Comme elles survenaient surtout la nuit, il finit par vivre la nuit, écrivant, sortant et recevant ses amis et ne s'endormant qu'au petit matin.

Edgar Allan Poe fut expulsé de l'Académie militaire de West Point, en 1830, pour «manquement grave à son devoir». Pourtant il n'avait fait qu'appliquer le réglement à la lettre ! . Les instructions relatives à la tenue de rigueur lors des parades faisaient mention de «ceinture blanche et gants blancs sous les armes». Or, il s'était présenté sur le champ de parade fusil en bandoulière, vêtu exclusivement d'une ceinture blanche et de gants blancs...Sa nudité ne fut pas appréciée par ses supérieurs !.

On peut ajouter a cette panoplie de tics et de tocs, ceux ci :

Comment démarrer?

A chacun sa béquille psychique. Si pour lutter contre l'angoisse de la page blanche, Colette n'écrivait que sur du papier bleu, la romancière Camille Laurens, se jette à l'eau en écrivant toujours les deux dernières pages du livre.

Mais comment continuer?

Avec la mise en oeuvre d'un dispositif le plus souvent immuable bordant le temps de l'écriture. Et cela vaut s'il n'a pas l'apparence d'un rituel: l'absence de dispositif est le dispositif lui-même. La plupart des romanciers interrogés confie avoir besoin d'un dispositif spécifique.

Ainsi, Thierry Hesse, auteur du Cimetière américain (Champ Vallon), magnifique premier roman: «Si on veut écrire, il faut, dans la vie ordinaire, instaurer un temps qui n'est plus tout à fait celui de la vie ordinaire», explique celui qui, avant de commencer son travail à quatre heures du matin, se met en voix en lisant un quart d'heure durant des «pages énergétiques» (Faulkner, Homère ou encore Shakespeare). Pour trouver la voie, se mettre en voix.

Ou en chaussettes de laine, trop petites et toujours du même modèle pour Edmonde Charles-Roux qui confie tenir cette extravagance de Salvador Dalí.

Dominique Fabre, auteur de Pour une femme de son âge (Fayard), confie ne pouvoir écrire chez lui. Sa famille n'y est pour rien mais il lui faut un lieu anonyme, «un atelier, une chambre de bonne, la maison d'une collègue partie en vacances». Tout sauf son domicile.

Lydie Salvayre pousse plus loin le bouchon du nomadisme: «J'écris n'importe où. Plus c'est n'importe où, mieux c'est», explique l'auteur de Passage à l'ennemie (Seuil), qui peut coucher quelques lignes dans la salle d'attente d'un dentiste. Son seul bagage est sa mémoire: «J'ai tout mon livre en tête. C'est un texte portatif», continue-t-elle. Unique exigence de cette itinérante: «Je dois avoir le sentiment de solitude.»

Pour certains de ses frères en littérature, écrire à découvert est inimaginable. Philippe Besson, l'auteur d'Un garçon d'Italie (Julliard), est de ceux-là. Il interdit à quiconque de pénétrer dans sa tanière sans son autorisation. Délivrée exceptionnellement et réservée à quelques rares proches privilégiés, dont la femme de ménage, cette autorisation est rigoureusement assujettie à sa présence dans les lieux: «J'accompagne le visiteur, je le suis et le surveille» confie-t-il, dans un sourire qui trahit à peine l'angoisse de l'effraction du huis clos. Interdiction d'entrer et de regarder ses papiers. Un coup d'oeil - fût-il furtif ou bien intentionné - attire les foudres de son propriétaire. Le pétillant romancier ne supporte pas l'idée que l'on puisse avoir accès à ses corrections, ses ratures, ses repentirs. Les généticiens littéraires n'auront rien à se mettre sous la dent: Philippe Besson jette brouillons et essais infructueux de peur que l'on puisse lire ce qu'il n'a pas voulu garder. Pas une coquetterie d'auteur mais l'indice d'un désir de contrôler, qu'il ne peut exercer ailleurs, dans sa vie hors du temps de l'écriture: «Je perds toujours tout.» De la même manière, il ne dit rien du livre en cours. Par superstition et crainte de la fausse couche: «C'est comme une grossesse. Tant que le livre n'est pas fini, je refuse d'en parler.»

Si Nathalie Rheims est aussi terrifiée que l'on lise son grand cahier - à carreaux, perforé - c'est par crainte que l'on y découvre... ses fautes d'orthographe. Réminiscence cuisante de sa vie de petite fille à la scolarité lamentable, la peur que l'on lise ses mots réduits à leur plus simple appareil - «Honnêtement, j'ai un niveau d'élève de cinquième», évalue-t-elle - la conduit à dicter chaque samedi ses pages à son éditeur, Léo Scheer. Et c'est une manie familiale: pour les mêmes raisons, son père, Maurice Rheims, académicien de son état, confiait lui aussi sa prose à son dictaphone qui chaque matin était recueillie par les mains expertes de la secrétaire.

Mais les Rheims ne sont pas une tribu à part. Dans Vivre pour la raconter (Grasset), le Prix Nobel Gabriel García Márquez confie combien il était humilié de devoir rendre un manuscrit truffé de fautes. Et à part cette manie? La romancière ne voit pas, consciente toutefois de son image de Mylène Farmer de la littérature: «On pense que je dors dans un cercueil», s'amuse-t-elle. Certes, ses livres - Lumière invisible à mes yeux (Léo Scheer), Les fleurs du silence ou encore Lettre d'une amoureuse morte (Flammarion) ont tous à voir avec la disparition mais elle n'en est pas morbide pour autant. Ainsi, à partir de la Toussaint, chaque matin, le jour à peine naissant, le réveil la surprend dans son désir d'écrire et sa chemise de nuit de grand-père. Et rituellement, jusqu'en avril: «J'achève mon livre avec l'arrivée du printemps.»

Claire Castillon a aussi son horloge interne. Depuis Le grenier (Anne Carrière), son premier roman, chaque 20 décembre sonne l'heure de la remise de manuscrit. Au départ, symbolique - l'envoi par la Poste du Grenier coïncida avec le départ en vacances d'un amoureux - l'attachement à ce jour est aujourd'hui prosaïque: «C'est devenu mon échéance. Cela veut dire qu'écrire, c'est un travail, et donc, que je ne dois pas plaisanter avec ça», explique-t-elle, charmante.

La remise de copie est souvent un moment difficile pour l'écrivain.

A la différence d'un Roger Caratini ou d'un Jean-Pierre Angremy, alias Pierre-Jean Rémy, qui engendrent plusieurs livres par an (et pas des pamphlets ni des libelles, des pavés) et pour qui cet exercice, s'il est toujours délicat, est sans doute rarement périlleux, Sébastien Japrisot ne pouvait s'y résoudre. L'auteur d'Un long dimanche de fiançailles (Gallimard) ne savait poser de point final. Du moins, le mot «fin» attendait des années. A étape difficile, ses stratagèmes psychiques.

Météorologiques chez Serge Joncour, auteur de Vu et de UV (Dilettante) qui suit de près les évolutions du temps avant de se rendre chez son éditeur: «Un régime anticylonique est favorable à la livraison de mon manuscrit. Un temps pourri la retarde», précise-t-il. L'équation est simple: le beau temps rend les gens heureux. Et indulgents. Marotte d'auteur? Plutôt l'indice d'un tempérament anxieux et d'un «manque de confiance dans le manuscrit lui-même».

Même incertitude chez Philippe Besson qui exige de son éditeur qu'il lui livre son verdict sous vingt-quatre heures: «Passé ce délai, je m'effondre» Fragilisé par le doute, Philippe Besson pourrait aller jusqu'à ne pas supporter qu'un tiers lui lise son horoscope, si celui-ci était un peu tendancieux.

A la différence d'un Dominique Fabre qui, lui, lit tous ceux qui lui tombent sous la main. Sans que leur lecture prenne une importance démesurée mais toutefois demeure l'épine dans le pied. Après tout, on ne sait jamais...

Auteur de Paysage et portrait en pied-de-poule (Fayard), Thierry Beinstingel avoue «se confier à l'irrationnel». Chaque séance de travail sur ordinateur se termine par une partie de cartes, un solitaire (toujours sur son écran). Cherchant dans les combinaisons aléatoires des réponses à ses questions: «Ce livre va-t-il plaire à mon éditeur? Au lecteur?» Très superstitieux, l'auteur, qui décrivit au plus près dans Composants (Fayard) la mécanique déshumanisante de l'usine, croise les doigts quand il va chez son éditeur - selon un itinéraire précis (au passage piétons près). Et croit très fort en sa capacité à reconnaître les individus nuisibles, ceux qui portent la poisse.

Peu invalidants, ces derniers rituels procèdent le plus souvent de la pensée magique, «mode de pensée existant notamment chez l'obsessionnel et caractérisé par le mécanisme suivant: «Si je pense, fais ou dis cela, il va arriver ceci»», selon la définition du docteur Franck Lamagnère, dans Manies, peurs et idées fixes (Retz). Une croyance psychique associée le plus souvent à des troubles obsessifs compulsifs (les TOC). Ces derniers peuvent être les symptômes d'une affection neurologique, comme le syndrome de Gilles de la Tourette.

André Malraux - dont le visage semblait mangé de soubresauts - souffrait probablement de cette affection. Quelle que soit leur origine, les idées compulsives peuvent investir un champ tout à fait inattendu.

La compulsion mathématique d'Emile Zola le poussait à compter sans cesse dans la rue les becs de gaz et à additionner les numéros de portes et de fiacres. «Longtemps, les multiples de trois lui parurent favorables. Puis ce furent les sept» peut-on lire dans Le livre des bizarres de Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière (Bouquins Laffont).

Tout aussi irrationnel, le comportement de Francis Bacon qui s'évanouissait à chaque éclipse de lune.

La fièvre d'Erasme à la vue de n'importe quel poisson, la frayeur mêlée de dégoût d'Alfred de Musset devant une anguille.

Ou encore, cette curieuse habitude de Pierre Corneille qui s'enroulait dans des couvertures de bure et se roulait sur le sol dans une pièce chauffée afin de suer et seulement, ainsi délivré de ses humeurs, pouvait-il se mettre à écrire.

Mais il arrive que certains écrivains, sans doute rongés par l'anxiété, soient en proie à des obsessions plus handicapantes.

Comme Mario Vargas Llosa dont les Cahiers de L'Herne révèlent qu'il souffrait d'une peur panique de l'avion qu'il a toutefois pu guérir en lisant en vol des chefs-d'oeuvre de la littérature.

Comme Serge Joncour dont le premier roman, Vu, s'ouvrait sur un accident aérien et qui ne peut pas prendre l'avion, atteint d'une phobie qui le mena, malgré les sauf-conduits usuels (décontractants et alcool), à rester par trois fois dans la salle d'embarquement. Son aversion est pour partie liée au fait de devoir demeurer assis. Cette contrainte lui est tout aussi insupportable chez un dentiste ou même chez un coiffeur. Se définissant comme parfaitement inconséquent, l'écriture lui «permet de ne pas être dans la dilution permanente». C'est pour cette raison qu'il suppose que l'agoraphobie dont il souffre de manière fluctuante et qui se manifeste par la peur de la foule et du voyage en métro est un mécanisme autocréé: «C'est un mal pour un bien. Cela m'oblige à rester chez moi et à écrire», confesse celui qui, en période d'écriture, arrête de manger de la viande crue par crainte d'être trop excité.

Pierre Mérot, auteur de Mammifères (Flammarion), couronné du prix de Flore, est, lui aussi, agoraphobe. Avec attaques de panique. Sans doute est-ce pour cela que le romancier préfère demeurer chez lui, loin des yeux du monde, dans le «foutoir organique» de son bureau, bordel monstrueux dans lequel il se roule «comme un cochon dans sa fange». Dans les rais de lumière rougeoyants de l'heure entre chien et loup, et qui donnent à son verre de bière un aspect incandescent.

Le psychiatre Christophe André, auteur de Petites angoisses et grosses phobies (Seuil), édifie un pont entre création et phobies: «Ce sont des pathologies de l'hypersensibilité», explique-t-il. Avant de poursuivre: «Le fait d'écrire est alors à la fois un échec et une réussite. Echec de l'adaptation par l'action. Réussite parce que c'est un compromis qui signifie que finalement cela ne se passe pas trop mal.»

Les écrivains paient parfois leur hypersensibilité au prix fort. La crainte de la maladie tourmente Joris-Karl Huysmans, dont les ouvrages portent l'empreinte de sa peur de la souillure qui révèlerait la porosité de son corps. Collectionneur d'odeurs comme son personnage d'A rebours, Des Esseintes, agoraphobe, livrant dans sa littérature ses idées fixes impulsives - à travers les tics de scrupule du père Emonot dans L'oblat ou les pensées sacrilèges de Durtal dans Là-bas - l'écrivain n'a d'autre choix, à la fin de sa vie, que de choisir la réclusion et la solitude.

Comme Raymond Roussel, l'auteur d'Impressions d'Afrique, ami des surréalistes, qui prenait ses repas, toujours seul et... à la suite: on lui servait, nous dit-on dans Le livre des bizarres, ses quatre repas, l'un après l'autre, cinq heures durant.

La ritualisation de l'écriture, les tics de l'écrivain soulignent bien la nécessité d'un filet psychique. «Il y a d'autant plus de rituels qu'il y a d'incertitude», analyse le psychiatre Christophe André. Le doute, souvent indissociable de l'acte de créer, suscite des conduites allant du seul désir d'agencer son univers (ne pas travailler dans le désordre) à l'extravagance la plus folle:

Nerval promenant dans Paris un homard vivant au bout d'un ruban bleu. «Il faut organiser son intérieur», se commandait Huysmans pour se border. Et, à chaque auteur, son ordonnancement:

Catherine Cusset, auteur de Confessions d'une radine (Gallimard), fait table rase dans sa psyché avant de commencer un nouveau livre en nettoyant son «appartement de façon maniaque et dans tous les recoins».

Alors, tout de même, comme l'écrivait Balzac: «Quel opéra qu'une cervelle d'homme!»

Si Marie Darrieussecq , l'auteur de Truismes (P.O.L), a eu tôt dans sa vie d'écrivain quelques manies - écrire avec le même stylo, le matin et dans le silence - être passée sur le divan les a évacuées. «Mon analyse m'a permis de faire de l'écriture un métier. Non plus une conduite névrotique», dit-elle. Grâce à ce travail libérateur, elle peut envisager aujourd'hui, sans trouble, de prendre sa retraite d'écrivain, de cesser d'écrire: «Comme Faulkner le fit à cinquante-trois ans, toutes proportions gardées, naturellement.»

source Marie GOBIN/ Lire
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