BONS BAISERS DU FUTUR

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BONS BAISERS DU FUTUR

Message  Admin le Ven 14 Juil - 3:27

Ce texte d'un confrère journaliste de NOTRE TEMPS devrait vous faire sourire...ou vous angoisser.
Vos commentaires comme d'habitude >>> dans ma bal.
BONNES VACANCES A MON POOL TALENTUEUX !

>>>///P>

+++++++++++ TEXTE DEPOSE ++++++++++++++++++++++

Jean-Bernard et Marie-Thérèse Bordenave‚ 74 et 73 ans‚ voguaient à bord d'une île-paquebot‚ lorsqu'ils fêtèrent leurs noces d'or‚ le 14 juillet 2020‚ entourés de leurs enfants et petits-enfants. La suite voisine était occupée par un ancien chef d'Etat‚ sa femme‚ tous deux octogénaires‚ et leur fille. La fille – cheveux courts‚ lunettes réfléchissantes‚ la cinquantaine martiale – semblait régenter à la fois ses parents et le nombreux personnel que leur présence motivait. Et ceci en dépit de l'équipement "perte d'autonomie" dont chacun des 4000 appartements était pourvu.
C'est du moins ce qui était apparu furtivement à Marie-Thérèse Bordenave car l'architecture préservait très fortement l'intimité de chaque unité d'habitation.
Il y avait à bord des coiffeurs‚ des masseurs‚ des fleuristes‚ des psychanalystes‚ des réparateurs d'ordinateurs‚ des restaurateurs. Et un lieu de culte interconfessionnel.
L'île-paquebot possédait un centre commercial comme beaucoup de villes en conservaient encore‚ en dépit du succès de l'E-commerce. Mais‚ on pouvait aussi faire ses courses‚ voir un film‚ obtenir un soin thermal‚ sans avoir à interférer avec un autre passager.
Ainsi‚ les Bordenave avaient-ils réussi à reconstituer à bord un cocon trigénérationnel que jamais‚ à Arcachon‚ leur maison de poupée n'aurait autorisé.

Tourisme de masse‚ mais sur-mesure‚ au prix du prêt à porter !
Chacun avait sa bulle‚ sa chambre-univers avec les couleurs‚ les odeurs‚ les images et les sons qu'il s'était choisi dans une vaste banque de données. Ainsi‚ en mer de Chine pouvait-on programmer un cri de goéland brestois pour son réveil et apprécier l'odeur iodée du goémon de Larmor-Baden‚ en conditionnant le diffuseur d'atmopshère.
Chacun vivait à son rythme et les rencontres s'effectuaient sur rendez-vous électroniques‚ à souhaits partagés.
A 74 ans‚ Jean-Bernard avait conservé une activité professionnelle à temps partiel. Ce qui aurait été inconcevable‚ voici dix ans. Depuis‚ les syndicats s'étaient aperçus que l'activité économique soutenue favorisait leur santé financière et donc leur pérennité. Mieux valait un adhérent actif‚ âgé‚ mais heureux‚ prospère et à jour de ses timbres de cotisation‚ plutôt qu'un pensionné ronchon et en trêve de paiement.

Jean-Bernard était correcteur-éditeur à façon. Son activité voguait avec lui‚ aux heures convenues avec son entreprise. Il n'aurait pas non plus besoin d'interrompre sa croisière pour subir la rectocoloscopie qu'il effectuait par prudence tous les cinq ans depuis la cinquantaine.
L'île‚ qui hébergeait quelques 10 000 résidents-voyageurs‚ était dotée d'un hôpital parfaitement équipé pour traiter les pathologies des 50-80 ans car ils constituaient l'essentiel de sa population. Le sur-mesure était devenu la norme‚ pour le loisir‚ le travail et‚ de plus en plus‚ l'éducation.
A bord‚ les chambres se transformeraient à la demande en appartement-tatami ou en en suite-bedroom à l'anglaise‚ voire en ondol-chauffage au sol coréen. Et‚ moyennant un supplément modique‚ on pouvait même combiner le tout‚ ce qui était très tendance.

Personne n'aurait cru au début du XXI°siècle que de telles utopies se réaliseraient. Mais l'évolution des modes de vie et des mentalités y avait poussé‚ avec l'individualisation de la couverture-santé-retraite et la "customisation" des choix politiques.
Désormais‚ les hôtels écologiques produisaient leur eau et leur électricité (presque) n'importe où sur la planète. Sauf dans le Sahel dont on évitait souvent de parler.
Le développement éthique et durable – le mot écologie semblait démodé – était devenu aussi important que les qualités faisant la réputation d'une marque.
La satisfaction morale qu'il éprouvait en accomplissant certains achats contribuait de façon évidente à la fidélisation du client.
Et l'île-mobile naviguait. Elle naviguait et résistait même mieux aux ouragans ou aux vagues que les bungalows des retraités de Floride‚ grâce à la programmation de ses équipements et à leur adaptabilité.

Depuis 2005‚ le nombre de touristes avait doublé. Et toute une flotte d'autres îles-paquebots véhiculeraient maintenant 1‚ 6 milliards de résidents-voyageurs. Chinois‚ Indiens‚ Japonais‚ Coréens‚ Américains‚ Australiens… Le quart de la planète.
Presque tous appartenaient à la génération dorée des 50+. Certes‚ les retraites avaient largement diminué depuis les années 2000. L'Afrique‚ qui intéressait toujours aussi peu les pays développés‚ était restée en rade.
Ailleurs‚ les seniors avaient appris à s'organiser pour gérer l'équilibre travail/temps pour soi/bénévolat.
Les entreprises s'arrachaient les plus performants jusqu'à un âge avancé. Lorsqu'ils ne pouvaient plus travailler‚ ils compensaient des retraites publiques de plus en plus pingres en épargnant. Sauf les pauvres‚ évidemment.
Le chacun pour soi devenait le pendant du sur-mesure. Et si on continuait à se transporter à l'autre bout du monde‚ on ne venait plus y chercher l'exotisme de naguère‚ le frisson des odeurs inconnues‚ des saveurs étranges‚ des mers étrangères‚ des cultures dont il faudrait appréhender les arcanes avant d'en apprécier l'art.

Résultat‚ la France riche de milliers de musées et de monuments uniques perdrait sa première place au palmarès mondial du tourisme au profit de la Chine… L'"Empire du milieu" avait retrouvé sa position centrale. Il devancerait ensuite‚ dans l'ordre‚ les Etats-Unis et l'Espagne.
De Miami à Shangaï en passant par Pusan et Nice‚ les hôtels et les resorts offraient les mêmes prestations. L'on y trouvait de moins en moins de cuisiniers mais un choix toujours plus étendu de repas‚ désormais calibrés aux gramme et à la molécule près‚ afin que l'on fit bombance sans risque pour des artères fragiles.
Le golf‚ comme presque tous les autres sports‚ était proposé‚ avec ou sans coach‚ initiation comprise à tous les âges.
De même‚ les excursions‚ les voyages-explorations avaient été totalement modélisés‚ personnalisés‚ afin qu'aucun aléas‚ aucune déception ne soit plus possible. Fruit de l'application du principe de précaution allié à l'intangible règle du bon rapport qualité/prix/service.
L'indissociable trilogie maison-famille-loisirs avait peu à peu détrôné le goût de la découverte‚ le désir d'altérité qui avait gouverné bien des relations‚ à partir des années 60-68 de l'autre siècle. Fin de la quête du "visage de l'autre" (Levinas)‚ repli sur la tendance tribale.

Le sommet de l'exotisme consistait désormais à rassembler tout son petit monde au cœur de nulle part‚ c'est à dire dans l'immense complexe de Dubaïland. Cette entité nouvelle condensait tous les plaisirs de la planète sur une île artificielle du Golfe persique. Elle était devenue la première destination loisirs des aînés et des ados qui les accompagnaient. Sans gêne mutuelle puisque toutes les formes de vacances et de fun étaient rassemblées au même endroit.
Jusqu'au forfait rave-party à horaires fixes‚ boissons comprises‚ sécurité incluse.
(c) Jean-Yves Ruaux
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